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Jeudi 15 mai 2008

COLLECTIF POUR LES LANGUES ET CULTURES REGIONALES

Anem Òc ! Collectif regroupant Institut d'Estudis Occitans, Felibrige, Confédération des écoles Calandreta, Fédération des Enseignants de Langue et Culture d'Oc, Oc-bi, Conselh de la Joventut d'Oc.

Conseil Culturel de Bretagne (Fédération regroupant les associations culturelles bretonnes)

Culture et Bilinguisme  d'Alsace et de Moselle/René Schickele-Gesellschaft   

Euskal Konfederazioa Confédération de 50 associations et fédérations oeuvrant pour la langue basque dans tous les domaines : enseignement, médias, culture

La Federació fédération des associations de promotion de la langue et de la culture catalane. 

Lofis , Tikouti, Association des Enseignants certifiés de Créole (AECCR) (Créole de la Réunion)

 Parlemu Corsu  Collectif de personnes de la société civile corse oeuvrant pour la promotion de la langue corse  

Mercredi 7 mai, pour la première fois, depuis le début de la cinquième République, les députés ont pu débattre de la question des langues régionales de France et de leur statut. Ce débat avait été promis par le premier ministre après plusieurs interventions de parlementaires de tous bords. 

Le débat qui a duré près de trois heures a permis à une vingtaine de parlementaires de toutes sensibilités politiques de s'exprimer après une déclaration de la ministre de la Culture et de la Communication sur le sujet.  

Nous notons que la ministre de la Culture et de la Communication dans une déclaration initiale a tenté de faire un tableau presque flatteur de la politique menée par la France en ce domaine. Education, médias, vie publique : de gros efforts seraient déjà faits. Ce n'est pas notre vision des choses. La France accuse un retard gigantesque comparée aux autres Etats de l'Union européenne en ce domaine. Nous ne partageons pas le sentiment du gouvernement exprimé par la ministre selon lequel la législation actuelle serait suffisante. 

Nous constatons que la très grande majorité des députés qui se sont exprimés ont regretté que la France ne soit pas capable de défendre la diversité linguistique chez elle alors qu'elle dit la défendre dans le monde. Les parlementaires qui sont intervenus ont montré et dit qu'une nouvelle législation est indispensable. 

Nous avons noté qu'un groupe important de députés de la majorité, emmené par Marc le Fur, député breton UMP, demande une législation nouvelle et concrète qui abordera les problèmes de l'école, des médias et de la vie publique. 

Nous avons noté que le président de la commission des affaires culturelles et sociales, Pierre Méhaignerie s'est dit favorable à cette démarche et même à une modification de l'article 2 de la constitution. 

Nous avons noté que le groupe socialiste est favorable à une nouvelle législation et à une modification préalable de la constitution comme l'a dit Marylise Lebranchu. Les propos de Paul Giacobbi pour le PRG sont venus renforcer la position du groupe sur ce point. Nous avons entendu Michel Vaxès pour les communistes demander la loi et une nouvelle rédaction de la constitution ainsi que nous avons noté que pour les députés verts une législation nouvelle doit être accompagnée de la modification de la constitution. Cette position, François Bayrou l'a aussi défendue avec son collègue Jean Lassalle en estimant que l'obstacle majeur est l'article 2 tel qu'il est rédigé à ce jour.

Le débat a été riche et documenté, précis souvent, concret. 

Nous regrettons que la réponse faite par la ministre au nom du gouvernement ne soit pas de la même qualité. Christine Albanel a certes promis l'étude d'un projet de loi qui, selon ce que nous avons compris, fera d'abord le bilan de l'existant. Peut être y aura t-il dans ce texte quelques éléments nouveaux mais rien n'est sûr.

Cependant la ministre a exprimé clairement le refus de modifier l'article 2 de la constitution. Elle l'a fait d'une façon tout à fait grotesque, en agitant l'épouvantail de la ratification de la Charte des langues régionales et minoritaires du Conseil de l'Europe. Cette ratification, selon le gouvernement, obligerait les fonctionnaires de la République à parler plus de 75 langues et obligerait l'Etat à traduire dans toutes ces langues les textes de lois, les décrets, circulaires et autres textes administratifs ! Cette présentation tout à fait ridicule est en contradiction totale avec l'esprit et la lettre de la Charte européenne qui propose des niveaux d'actions en fonction des réalités sociales de chacune des langues, au plus près des besoins les plus concrets, contrairement à la position dogmatique du Gouvernement.

Nous considérons cependant que ce débat est un progrès parce que des députés représentant toutes nos langues et toutes les sensibilités politiques ont contraint le Gouvernement à faire un petit pas et à s'exprimer sur le sujet. 

Notre détermination à obtenir une modification de la Constitution et une législation moderne en faveur de nos langues est intacte. En effet, comme l’ont souligné de nombreux députés, et comme le disent les experts, un amendement à la Constitution est aujourd’hui nécessaire, indépendamment de la Charte européenne, pour qu’au-delà du français, langue commune de tous les citoyens français, les langues régionales puissent être réellement reconnues.

L’adoption d’une loi sans reconnaissance des langues régionales dans la Constitution serait totalement contradictoire avec les affirmations du Gouvernement en faveur du soutien des langues régionales, car il ne fait aucun doute que les dispositions les plus nécessaires à l’existence même des langues régionales seraient annulées par le Conseil constitutionnel en l’état actuel du droit. On pourrait voir une régression sur le principe même des apprentissages des langues régionales en immersion voire paritaires, alors qu'il s'agit de loin des méthodes les plus efficientes tant sur le plan de la maîtrise du langage et des langues, français y compris, que pour le développement intellectuel, cette méthode semblant être remise en cause par la déclaration présentée par Madame Albanel.

A l’occasion du prochain débat sur la Constitution, nous demandons aux députés de confirmer leur engagement et de voter l’amendement à l’article 2, première étape nécessaire pour l’adoption d’une loi accordant un véritable statut aux langues régionales en France.

 
Nous savons qu'il y a aujourd'hui chez les parlementaires une prise de conscience. Ils ont su entendre ce qui se dit sur le terrain. Ils ont apprécié le travail fait dans nos régions et savent que la population est de plus en plus sensible à la question

Nous serons attentifs au travail fait autour de la loi promise par la ministre tout en continuant d'affirmer qu'il faut pour nos langues une politique linguistique globale et un dispositif législatif qui mettent nos langues dans une situation de sécurité légale, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui avec l'utilisation de l'article 2 de la constitution. 

Nous vous rappelons le texte que nous avons publié le 26 mars dernier et qui est la synthèse de nos demandes. 

Nous voulons un vrai statut légal pour nos langues. 

 


publié dans : Bro C'hall / France

Mercredi 14 mars 2007
Qu'en pensent les candidats ? Quels sont leurs projets ? Leurs propositions ?

Les questions que nous avons posées aux candidats à l'élection présidentielle concer­nent des millions de personnes sur le territoire de la République.

 

La tendance naturelle de la part des res­ponsables politiques est trop souvent de laisser la question des langues de France de côté. Certains candidats font cependant des propositions de façon spontanée alors que d'autres doivent être questionnés de façon insistante afin de dire ce qu'ils feraient s'ils étaient élus à la présidence de la République.

 

Ensemble, Alsaciens, Basques, Bretons , Catalans, Guyannais, Martiniquais, Occitans et Réunionnais, nous avons déci­dé de poser des questions simples aux dif­férents candidats. Nous avons choisi les sujets essentiels et vitaux pour l'avenir de nos langues.

Téléchargez le document entier en format pdf

publié dans : Bro C'hall / France

Lundi 12 mars 2007
Lors de son discours à Caen vendredi 9 mars, Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle a déclaré qu'il s'opposerait à la charte européenne des langues régionales. "Je ne veux pas que demain un juge européen puisse décider qu'une langue régionale doit être considérée comme langue de la République", a-t-il lancé.


publié dans : Bro C'hall / France

Mardi 22 août 2006

Les engagements pris doivent être tenus

Le Parlement vient d'autoriser l'adoption de deux conventions de l'Unesco relatives au patrimoine culturel immatériel (1) et à la diversité culturelle (2). Les deux lois comportent un article unique stipulant qu'elles seront exécutées comme «lois de l'Etat». Elles ne s'accompagnent d'aucune réserve. En conséquence, les dispositions contenues dans ces textes s'imposeront dans le droit français.

Les conventions de l'Unesco, datant de 2003 et 2005, sont des «instruments multilatéraux normatifs de nature contraignante». Le caractère normatif et contraignant de ces deux textes est novateur. Le premier, sur le patrimoine culturel immatériel, est entré en vigueur le 20 avril 2006 ; 60 Etats ont adopté cette convention qui s'applique dès à présent en France. Le second texte, sur la diversité culturelle, a moins d'un an et s'appliquera dans les pays signataires quand le 30ème Etat aura déposé son instrument d'adhésion; ils étaient 8 à la fin août.

Patrimoine culturel : une convention favorable aux langues régionales

Dans sa première convention, l'Unesco pose le principe du «respect du patrimoine culturel immatériel des communautés, groupes et individus concernés» (art. 1b) ainsi défini : «les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ; les arts du spectacle ; les pratiques sociales, rituels et événements festifs ; les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers; les savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel ». L'Unesco entend par sauvegarde «les mesures visant à assurer la viabilité du patrimoine culturel immatériel, y compris l'identification, la documentation, la recherche, la préservation, la protection, la promotion, la mise en valeur, la transmission, essentiellement par l'éducation formelle et non formelle, ainsi que la revitalisation des différents aspects de ce patrimoine » (art. 2.2 et 2.3). «Il appartient à chaque Etat de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel présent sur son territoire» (art. 11). Parmi les nombreuses mesures préconisées, «chaque Etat s'efforce, par tous moyens appropriés, d'assurer la reconnaissance, le respect et la mise en valeur du patrimoine culturel immatériel dans la société, en particulier grâce à des programmes éducatifs, de sensibilisation et de diffusion d'informations à l'intention du public, notamment des jeunes» (art. 14). Cette convention de l'Unesco est donc en France, depuis la loi Deixonne de 1951, le premier texte faisant force de loi qui concerne explicitement les langues dites régionales ou minoritaires dans une perspective positive.

Protéger et promouvoir les différentes expressions culturelles

La seconde Convention sur la diversité culturelle est un instrument juridique contraignant découlant de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001 : «la diversité culturelle doit être considérée comme un patrimoine commun de l'humanité et sa défense comme un impératif éthique inséparable du respect de la dignité de la personne». Parmi les objectifs de la convention : «promouvoir le respect de la diversité des expressions culturelles et la prise de conscience de sa valeur aux niveaux local national et international» (art. 1e) et «reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d'identité, de valeurs et de sens» (art. 1g).

Parmi ses principes : «la reconnaissance de l'égale dignité et du respect de toutes les cultures, y compris celles des personnes appartenant aux minorités et à celles des peuples autochtones» (art 2.3). Et au titre des droits et obligations : «Lorsqu'une Partie (Etat adhérent) met en oeuvre des politiques et prend des mesures pour protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles sur son territoire, ses politiques et mesures doivent être compatibles avec les dispositions de la présente convention».

Par conséquent, en adhérant à cette convention, la France, tenue par un devoir universel, s'est privée du «droit» de discriminer les cultures dites régionales ou minoritaires, par exemple en excluant, comme elle le fait actuellement, les publications en langue dite régionale du bénéfice des subventions de l'Etat à la presse hebdomadaire au motif qu'elles ne sont pas en français.

* Le principe des minorités culturelles reconnu par la France

Désormais partie intégrante du droit français, ces conventions sont les premiers textes juridiques dans lesquels la France reconnaît le principe des «minorités» culturelles et, qui plus est, celui des «peuples autochtones». Elles doivent permettre à la France de ratifier la Charte du Conseil de l'Europe sur les langues régionales ou minoritaires qu'elle a déjà signée.

Il y a tout lieu de se féliciter de cette évolution car ces conventions de l'Unesco sont des outils juridiques mais aussi politiques sur lesquels les acteurs culturels, les associations et les collectivités territoriales vont pouvoir s'appuyer pour faire valoir des politiques et des mesures en faveur de la diversité culturelle et linguistique tel le plan linguistique que le Conseil régional de Bretagne a adopté à l'unanimité le 17 décembre 2004. La collectivité attend maintenant de l'Etat qu'il se conforme aux engagements que la France vient de prendre, en annulant les mesures de discrimination et en engageant une politique ambitieuse de protection, de sauvegarde et de promotion des langues et des expressions culturelles des peuples de France.

Christian GUYONVARC'H, vice-président du Conseil régional de Bretagne chargé des affaires européennes et internationales

(1) Loi n° 2006-792 du 5 juillet 2006 autorisant l'approbation de la convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (JO du 6 juillet 2006)

Pour obtenir le texte de la convention sur internet : [Voir le site]

(2) Loi n° 2006-792 du 5 juillet 2006 autorisant l'adhésion à la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (JO du 6 juillet 2006).

Pour obtenir le texte de la convention sur internet : [Voir le site]


publié dans : Bro C'hall / France

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